Le chevalier Roze : héros de la Peste de 1720

Le 21 Sep 2022Histoire Le chevalier Roze : héros de la Peste de 1720

Nicolas Roze est né à Marseille le 25 septembre 1675. Nous ne connaissons pas grand-chose de l’histoire de cet armateur Marseillais issu d’une famille de cultivateurs de Solliès. Il se fait remarquer par le roi au moment de la Guerre de Succession d’Espagne pendant laquelle il lève une armée pour défendre les intérêts de la France. C’est d’ailleurs pour cela que Louis XIV le nomme chevalier de l’ordre de Saint-Lazare. C’est ce titre qui lui vaudra le surnom de chevalier Roze. Toutefois, si son nom est gravé dans la mémoire collective des Marseillais, c’est pour son action pendant l’épidémie de Peste qui frappe Marseille en 1720. 

Petites précisions sur l’épidémie de Peste

L’épidémie de Peste constitue l’un des événements les plus marquants de l’histoire de la ville. La Peste est une maladie grave, souvent mortelle. C’est une maladie extrêmement contagieuse responsable de plusieurs centaines de millions de morts depuis l’Antiquité. En 1347, une grosse épidémie de peste touche l’Europe. Elle arrive sur le continent dans des navires en provenance de la région de Crimée et fait 25 millions de morts en Europe. Un tiers de la population est décimée.

Depuis, les contrôles soumis aux navires en provenance de l’étranger sont très stricts dans tous les ports européens y compris le port de Marseille. Cependant, en 1720, la Peste semble être de l’histoire ancienne. Cela fait 60 ans que la ville n’a pas été touchée par cette maladie. Même si les contrôles sont toujours en place, les autorités sont beaucoup moins précautionneuses. C’est ainsi qu’en mai 1720, le navire du Grand Saint Antoine arrive à Marseille en provenance de Syrie, où sévissait la Peste. L’équipage est d’ailleurs en proie à une étrange fièvre, seulement le navire possède des patentes nettes et parvient quand même à faire entrer ses cargaisons à Marseille. Les patentes nettes sont des certificats délivrés par les autres ports d’escale du navire qui assurent qu’il n’y a aucun risque à bord. 

Les cargaisons du Grand Saint-Antoine (des étoffes de soie et des balles de coton destinées à la vente pour la foire de Beaucaire) sont déchargées du navire au Lazaret d’Arenc. Malheureusement, ces étoffes sont porteuses de la Yersina Pestis, la bactérie de la Peste. 

La Peste ne met pas longtemps à se propager dans la Ville de Marseille. Les médecins diagnostiquent les premiers cas de Peste à la fin du mois de juin. Dans le mois qui suit, l’épidémie gagne tous les quartiers de la ville. La population Marseillaise est complètement décimée. Entre 30 000 et 40 000 cas de Peste sont recensés sur 80 000 à 90 000 habitants. Bien entendu, la Peste n’a pas tardé à gagner la Provence. Elle y fait entre 90 000 et 120 000 victimes sur 400 000 habitants. C’est une véritable hécatombe ! 

Les actions de Nicolas Roze pendant l’épidémie de Peste

La Peste est en train de décimer la population Marseillaise et c’est à ce moment-là que Nicolas Roze entre en jeu.  Des premières mesures apparaissent : la combustion de soufre dans les maisons, le mûrement des maisons des morts et l’enterrement des cadavres avec de la chaux vive. Malheureusement c’est insuffisant. Les gens aisés commencent à quitter Marseille pour se réfugier dans leurs bastides. Le 31 juillet 1720, le parlement d’Aix interdit aux Marseillais de sortir de la ville et les habitants de Provence ne peuvent plus communiquer avec eux. 

Nicolas Roze était à cette époque commissaire général du quartier de Rive Neuve. Il décide alors de boucler le secteur dont il a la charge en installant des postes de contrôle. Il fait creuser 5 grandes fosses destinées à accueillir les cadavres et fait des voûtes de la Corderie un hôpital de fortune pour abriter les malades. Malheureusement, malgré toutes les mesures prises pour bloquer le quartier de Rive-Neuve qui était pourtant séparé du reste de la ville par le port, l’épidémie se répand quand même dans le reste de la ville. Nicolas Roze a également organisé le ravitaillement des Marseillais pendant l’épidémie de Peste.

Début août, plus de 100 personnes meurent par jour. À la fin du mois, tous les quartiers de Marseille sont touchés par la Peste. Les infirmeries, surchargées ne peuvent plus recevoir les malades. Les cadavres sont jetés dans la rue. Marseille fait face à un gros problème d’évacuation des cadavres.

Nicolas Roze est alors désigné avec trois échevins pour prendre la tête de quatre escouades chargées de débarrasser Marseille de ses cadavres. Chaque escouade est formée d’une centaine de soldats et de 40 forçats. Les forçats sont des hommes condamnés aux travaux forcés. Ils sont tous équipés de tombereaux, de pinces et de râteaux. 

L’esplanade de la Tourette est un endroit difficile d’accès pour les tombereaux. Or, cela fait des semaines qu’un gigantesque amas de cadavres en décomposition s’y installe. Cela permettait de désengorger d’autres parties de la ville. Le quartier de la Tourette est un quartier pauvre où vivent des familles de marins qui a été entièrement ravagé par la Peste. Personne ne veut y entrer pour tenter de dégager les cadavres qui gisent sur l’esplanade située à proximité de l’église Saint-Laurent ! 

L’église Saint-Laurent et l’esplanade de la Tourette vues depuis le Mucem.

C’est Nicolas Roze qui se portera volontaire pour dégager l’esplanade de ses cadavres avec son escouade. Pour cela, il va utiliser des cavités découvertes sous l’esplanade de la Tourette. Bien entendu, aller déplacer des cadavres en décomposition et atteints par la Peste revenait à signer son arrêt de mort. La plupart des forçats à qui l’on avait promis la liberté en échange de ce service rendu à la ville moururent sans pouvoir en profiter. 5 seulement ont survécu… Le chevalier Roze lui-même fut atteint par la Peste. Heureusement, il parvint à en guérir après une très longue convalescence. Cela relève pratiquement du miracle quand on sait que les chances de guérir de la Peste étaient estimées entre 20 à 40 %. Cet épisode de lutte contre la peste demeure l’un des plus célèbres de la période. 

La reconnaissance tardive de Marseille envers les actions du chevalier Roze

En 1723, après l’épidémie de Peste, le chevalier Roze devient gouverneur de Brignoles. Il meurt 10 ans plus tard, dans son immeuble situé rue Poids de la Farine, à deux pas de la Canebière. La Ville de Marseille ne lui aura pas véritablement témoigné de reconnaissance avant sa mort. 

La ville se remet sur pied tant bien que mal. La perte de population se compense très rapidement (en trois ou quatre ans seulement) grâce à un boom des naissances et des mariages. En revanche, l’économie de Marseille est durement touchée par l’épidémie. La maladie a entraîné la fermeture du port de Marseille pendant 30 mois. L’épidémie de Peste reste une période très douloureuse pour beaucoup de Marseillais qui ont parfois perdu tous les membres de leurs familles. On peut comprendre que personne n’ait véritablement envie de se replonger dans cette période douloureuse.

Ainsi, il faudra d’ailleurs attendre 80 ans pour que soit inauguré le premier monument commémoratif de cette période : la colonne de la Peste du sculpteur Barthélémy-François Chardigny encore visible aujourd’hui au Musée des Beaux-Arts. 

Les Marseillais ne lui ont peut-être pas témoigné de reconnaissance, mais ils n’ont pas oublié le chevalier Roze pour autant. C’est en 1820, alors que la ville célèbre le premier centenaire de la Peste, qu’est prononcé le premier discours en l’honneur du chevalier Roze. C’est Paul Autran qui fait ce discours devant l’Académie de Marseille. Une statue en l’honneur de Nicolas Roze est également érigée sur la façade est de la Préfecture des Bouches-du-Rhône au moment de sa construction.

Les épidémies de choléra qui touchent la ville quelque temps plus tard ravivent le douloureux souvenir de la Peste. Un comité est alors créé par le Docteur Evariste Bertulus ( qui était un professeur de médecine très concerné par les épidémies)? Ce comité souhaite ériger un monument pour rendre hommage à Nicolas Roze. Le sculpteur Marseillais Jean-Baptiste Hugues réalise un buste en bronze du héros Marseillais. Il fut placé en 1885 sur l’esplanade de la Tourette, à l’endroit même où il s’était illustré des années plus tôt. La statue est toujours visible aujourd’hui en face de la passerelle du MuCEM

Aujourd’hui, le chevalier Roze donne son nom à une rue du centre-ville située en parallèle de la rue de la République et au virage sud du stade Vélodrome. Un hommage qui prouve qu’encore aujourd’hui, la ville de Marseille éprouve une grande reconnaissance pour ses actions durant l’épidémie !

Auteur de l'article :
Emma Antosik
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