L’incroyable histoire du Stadium de Vitrolles

Le 20 Juin 2021Ici c'est MarsVidéo L’incroyable histoire du Stadium de Vitrolles

Cet article a pour but de complémenter la vidéo ci-dessus en indiquant les sources, en ajoutant des informations ou des photos absentes dans la vidéo sur le Stadium de Vitrolles. Tout le contenu de cet article fera référence à cette vidéo Youtube, je vous en conseille donc fortement le visionnage avant de poursuivre la lecture.

Vous trouverez aussi au fil de cet article, par thème, les interviews que j’ai réalisées et que je n’ai pas mis dans le montage final du film. Il y a aussi les extraits entiers des passages que j’ai utilisés.

En outre, je me servirai aussi du contenu de cet article pour mentionner des corrections éventuelles par rapport à ce qui est dit dans la vidéo.

La Génèse et la construction du Stadium

La meilleure source pour trouver les photos et documents concernant le Stadium est le site de La Renaissance du Stadium .

Vous y trouverez toutes les infos sur la génèse ici. Et toutes les photos de la construction et du chantier du Stadium ici.

Voici en vidéo les interviews qui concernent la génèse du projet du Stadium ainsi que tout ce qui concerne le fonctionnement du Stadium pendant les 4 années d’exploitation, de 1994 à 1998. En dessous, la programmation du Stadium que j’ai réussi à reconstituer.

Spectacles au Stadium

Je n’ai pas réussi à reconstituer toute la programmation du Stadium pendant les 4 ans où il a été actif, mais voici ce que j’ai pu retrouver :

1994 :

  • IAM, 24 Novembre (Inauguration).
  • Bernard Lavilliers
  • Jacques Higelin
  • Cirque de Pékin
  • MC Solaar

1995 :

  • Alain Souchon
  • Starmania
  • Alain Bashung
  • Khaled

1996 :

  • Renaud, 24 Mai

1997 :

  • Noir Désir, 4 Octobre (Concert de soutien au Sous-Marin)
  • Jean-Jacques Goldman
  • Festival de Rock Identitaire Français : Vae Victis, In Memoriam, Ile de France. 7 Novembre.

Le concert de Renaud à Vitrolles

Le 24 mai 1996, Renaud vient au Stadium et rencontre Jean-Jacques Anglade avant le concert. S’engage entre eux un dialogue surréaliste où Renaud assure son soutien au maire sortant pour la prochaine élection (de 1997, celle de 1995 étant en passe d’être annulée et rejouée en 1997). Jean-Jacques Anglade lui répond alors qu’il le remercie de son soutien pour la prochaine élection municipale en 2001. Cet échange a manifestement donné lieu à une incompréhension entre les 2 hommes. Renaud comprend que Jean-Jacques Anglade évite la conversation pensant qu’il n’était pas au fait de la situation politique à Vitrolles. Il publiera un texte à ce propos dans Charlie Hebdo trois jours plus tard dans lequel il règle ses comptes avec le maire d’alors. (Il y donne son avis sur le Stadium aussi et c’est assez intéressant). Texte reproduit ici :

Charlie Hebdo le 29 Mai 1996

TOUS LES CHANTEURS SONT DES CRETINS 1

Et je sais de quoi je parle J’ai chanté hier à Vitrolles. Vous connaissez ? C’est une petite commune des Bouches-du-Rhône près de Marseille où, aux dernières municipales, Bruno Mégret a failli l’emporter. Tapie, Kouchner et beaucoup d’autres s’étaient mobilisés pour alerter la population sur cette menace et pour prôner un vote massif contre le FN et ses idées nauséabondes.

Même les handballeurs de l’OM-Vitrolles (c’est assez rare dans le monde du sport pour le signaler) s’étaient mobilisés pour témoigner de leur préférence pour une mairie républicaine plutôt que pour une kommandantur. Pendant que le candidat socialo l’emportait de justesse, à quelques bornes de là, Marignane, oubliée des sondages inquiétants, tombait avec Orange et Toulon aux mains du FN. Aujourd’hui Vitrolles n’est pas vraiment tiré d’affaire. L’élection du maire va probablement être invalidée – dépassement de budget de campagne – et le Mégret va, selon quelques sondages bien informés, emporter les prochaines municipales anticipées dans un fauteuil. A Vitrolles le maire socialo a fait construire le Stadium, une espèce de Zénith comme il en existe (et c’est tant mieux) de plus en plus dans la plupart des grandes villes de France. Moitié salle de sports, moitié salle de spectacle. Il y en a un tout beau tout neuf à Marseille, à deux pas, le Dôme, aussi beaucoup de Vitrollais ont considéré que la construction de ce pharaonique projet relevait plus de la mégalomanie personnelle que d’un vrai besoin pour la commune. L’ouvrage est, il est vrai, pour le moins impressionnant… Un cube de béton noir, monolithe de cent vingt mètres de côté sur quinze de haut, posé comme un vaisseau spatial sur une esplanade rase et désertique, au sommet d’une colline entourée d’oliviers, de chênes et de cyprès. En arrivant hier j’ai d’abord pensé que c’était le sarcophage de Tchernobyl et j’ai failli vomir. Puis, avec un peu de recul, comme j’aime bien l’art moderne, j’ai quand même trouvé ça très beau. Je sais toujours pas si c’est de l’art mais c’est quand même très moderne. Un peu plus tard j’ai croisé le maire, M. Anglade, sympathique, beau et bronzé (comme moi, quoi…) et on a papoté deux minutes. Comme il est assez rare que les élus viennent assister à mes concerts je serais gonflé de pas avouer que, lorsque cela arrive, ça me touche un petit peu. Les malheureux se font souvent conspuer et j’y suis pas toujours pour rien… En évitant délicatement de faire allusion à sa situation personnelle je lui fais part de mon inquiétude pour l’avenir de Vitrolles et l’assure de mon engagement aujourd’hui et demain contre le FN. Il me répond alors en me quittant :  » C’est vrai qu’il y a un an, à cette époque, on était en danger !  » Je me suis dit :  » Tiens, en voilà un qui doit penser que tous les chanteurs sont des crétins ou que, en tout cas, un saltimbanque ça lit pas les journaux. S’imagine que je parle des dernières municipales alors que j’évoque l’enjeu des prochaines (auxquelles il n’aura pas logiquement l’occasion de participer…). Mais, plus vraisemblablement, le malin fait semblant de ne pas comprendre que je suis au parfum de l’imminence de l’éjectabilité de son siège et me prend donc un peu pour un con. « 

Pendant le concert, j’ai pas mal balancé et, bien évidemment, je n’ai pas manqué cette fois d’expliquer la situation à qui l’ignorerait. Ca a pas dû plaire à notre élu que je n’ai pas revu en coulisses à la fin du concert, comme c’est la coutume, pour le serrage de louches, les propos convenus et la photo officielle pour le quotidien local. Que M. Anglade soit fâché avec moi, c’est vraiment pas un gros problème. Le plus inquiétant, c’est qu’apparemment, il est pas en trop bons termes non plus avec la vérité.

1. C’est le titre d’une chanson géniale du formidable Sarclo, le chanteur suisse qui assure actuellement la première partie de mes concerts.
Renaud

Jean-Jacques Anglade a une toute autre interprétation de cet échange et affirme plutôt que Renaud a été vexé qu’il ne vienne pas le voir à la fin du concert où il avait pourtant dit plein de choses gentilles sur lui sur scène. Vous pouvez retrouver cette histoire racontée par Jean-Jacques Anglade dans l’interview suivante.

Rudy Ricciotti et l’architecture du Stadium

La vidéo explore déjà pas mal le travail de Rudy Ricciotti avec le Stadium. Toutes les infos complémentaires se trouvent sur le site de La Renaissance du Stadium. Pour avoir un aperçu de l’oeuvre de Rudy Ricciotti, vous pouvez aller jeter un oeil sur son site internet.

La vidéo ci-dessous contient les interviews qui concernent l’architecture du Stadium.

OM -Vitrolles

L’épopée de l’OM-Vitrolles, aussi spectaculaire qu’éphémère a tendance a disparaître des mémoires avec le temps. Toutes les informations de base se trouvent sur la fiche wikipedia du club. Les problèmes financiers commencent dès 1994 alors même que le Stadium est inauguré. Éric Quintin m’a confié lors de notre entretien qu’il était très content de jouer au Palais des Sports de Marseille et qu’il n’avait pas retrouvé la même ambiance et le même plaisir au Stadium.

Éric Quintin qui fut un joueur emblématique de l’OM-Vitrolles et de l’équipe de France exerce aujourd’hui comme dirigeant de club à Aix-en-Provence. Il a une réputation de joueur sanguin, étayée par le fait qu’il a arrêté sa carrière internationale après avoir été suspendu pour avoir mis un coup de tête à un coéquipier à la mi-temps du match France-Belgique en novembre 1995. Le contraste est saisissant entre cette image et l’homme que j’ai rencontré : sincère, gentil, altruiste. Pour connaître un peu plus le personnage et cela en vaut la peine, je vous conseille de jeter un œil sur ce documentaire consacré à Éric Quintin :

Si ce que dit le maire Jean-Jacques Anglade dans le film est vrai, à savoir que L’OM et les sponsors ont été défaillants pour le financement du club de l’OM-Vitrolles, c’est une explication partielle. La mairie, qui était le 2ème financeur du club va devoir affronter des démêlés judiciaires pour une histoire de fausses factures utilisées notamment pour financer le club de l’OM-Vitrolles. Jean-Jacques Anglade, qui niera avoir été au courant de cette pratique, sera tout de même condamné à 3 ans de prison avec sursis, 200 000F d’amende et 5 ans d’inéligibilité pour « corruption passive » et « faux et usage de faux. » Pour la faire courte, l’entrepreneur qui louait les emplacements publicitaires dans la ville réglait une partie de la somme en payant des fausses factures à des organismes paramunicipaux, parmi lesquels figuraient l’OM-Vitrolles. On retrouve la trace de tout ceci notamment dans ces articles du Monde et de Libération.

Ci-dessous, les interviews de Jean-Jacques Anglade et Éric Quintin à propos de l’OM-Vitrolles.

Les critiques à l’encontre du Stadium

Dés la réalisation du Stadium et jusqu’à aujourd’hui, les critiques n’ont cessé de pleuvoir sur le Stadium. Certaines, comme le fait qu’une tribune latérale n’est pas adaptée à la réception d’événements sportifs étant à mon avis assez justifiées. D’autres sont plus baroques, comme la comparaison avec la Kaaba par l’équipe de Bruno Mégret. En faisant mes recherches pour ce film, je suis tombé sur un article du Figaro datant de 2019 qui ressasse l’histoire de l’OM-Vitrolles et qui qualifie le Stadium de « sinistre monolithe noir isolé […] verrue sautant aux yeux lorsqu’on quitte la départementale […]cadavre de béton et de ferraille ». Les journalistes sportifs de presse écrite n’ont pas spécialement vocation à devenir des apôtres de l’architecture radicale mais tout de même l’ami auteur de ce papier a eu la main un peu lourde sur les métaphores d’angoisse (je serai curieux de voir sa figure d’ailleurs.) Il y avait moyen à partir du Stadium à mon avis de raconter autre chose qu’un film d’épouvante.

Bruno Mégret et la campagne de Vitrolles

Venant de la droite « classique » Bruno Mégret n’a pas fait ses armes au FN comme militant, ce qui lui vaudra, au début en tout cas, l’hostilité de la frange traditionnelle du FN. Il se parachute à Vitrolles car le FN avait obtenu de bons scores dans la région Vitrolles-Marignane lors des élections législatives notamment. La présence de nombreux pieds noirs et le fait que la ville soit principalement composée de néo-habitants ont favorisé la montée du Front National et n’ont en tout cas pas découragé la population à voter pour des candidats « parachutés ».

Bruno Mégret fait une vraie campagne de terrain pour les élections de 1995 et 1997, entachée de manœuvres pour le moins extravagantes. Il va infiltrer ses adversaires politiques avec des taupes comme le raconte Jean-Jacques Anglade dans le film. Il fera l’essentiel des 2 campagnes sur la sécurité, ce qui va s’avérer bigrement efficace. En face, l’équipe divisée va essayer maladroitement d’expliquer que le programme du Front National ne tient pas la route puisqu’il propose des mesures déjà mises en place.

Quelle erreur ! Ce tract va plutôt donner le sentiment que l’équipe en place court après les propositions du FN et va précipiter la défaite de la liste Anglade en 1997.

De 1997 à 2002, de nombreuses propositions estampillées « FN » comme la prime de 5000 francs pour les enfants français nés de parents européens seront retoquées par des autorités. Seules des rues rebaptisées par le Front National ont gardé leur nom, les rues débaptisées par le FN auront depuis retrouvé un rond point ou une place. La place Nelson Mandela est devenue la Place de Provence par exemple. L’avenue Jean-Marie Tjibaou, renommée par l’équipe Mégret avenue Jean-Pierre Stirbois est depuis 2002 et l’arrivée de Guy Obino l’avenue des Droits de l’Homme.

En 2001, Catherine Mégret est réélue face à des forces toujours divisées. L’élection sera annulée à cause de tracts diffamatoires à l’endroit du candidat de la droite républicaine. L’enquête ne pourra pas accuser formellement les Mégret d’être à l’origine de ces tracts mais montrera qu’ils avaient été photocopiés avec du matériel de la mairie. L’élection de 2002 verra les forces anti-Front National se rassembler derrière Guy Obino, médecin bien connu à Vitrolles, qui remportera l’élection et actera le départ définitif des époux Mégret de la ville.

Bruno Mégret et le Front National

Jusqu’à l’élection de Catherine Mégret en 1997 et pour quelques mois encore, Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret furent copains comme cochons. L’un étant la figure médiatique et traditionnelle du parti, l’autre étant la tête pensante, amenant du contenu idéologique. Je ne l’ai pas retrouvé, mais parait-il qu’il existe un reportage dans lequel on voit Bruno Mégret accueillir Jean-Marie Le Pen à Marignane en lui disant « Tu vas voir, nous avons une salle avec une acoustique formidable » en faisant référence au Stadium bien sûr.

Cependant, Bruno Mégret est un peu lassé par l’attentisme de Jean-Marie Le Pen et veut changer la direction du parti. Galvanisé par sa victoire à Vitrolles (la première avec un score de plus de 50% pour le Front National), il voudrait entamer – ce que fera Marine Le Pen bien plus tard – la dédiabolisation du parti et commencer à prendre le pouvoir en gagnant des élections locales. Il va rallier une bonne partie des cadres du parti ainsi qu’une très grande partie de la jeunesse identitaire et carrément faire sécession avec Jean-Marie Le Pen. Fin 1998 (à peu près au moment du concert de rock identitaire), il va donc se retrouver exclu du parti et s’en ira avec 60% des cadres du FN pour créer un parti qui s’appellera le Front National – Mouvement National. Évidemment, il ne pourra pas garder ce nom bien longtemps et son parti s’appellera donc le MNR – Mouvement National Républicain – avec en ligne de mire les élections présidentielles de 2002.

La suite, pour ceux qui s’en souviennent ne fut pas à l’avantage de Bruno Mégret. Alors que la presse avait largement titré sur la fin du Front National après la scission de 1998, Jean-Marie Le Pen – qui surnomme désormais Bruno Mégret « Brutus » – accèdera au second tour de la présidentielle face à Jacques Chirac et Bruno Mégret recueillera 2,34% des suffrages exprimés soit un peu plus de 667 000 voix. Un score honorable pour un outsider mais ridicule face aux 4 800 000 voix pour Jean-Marie Le Pen. Bruno Mégret appellera à voter pour Jean-Marie Le Pen au second tour et sa femme ayant perdu la mairie de Vitrolles en 2002 n’aura bientôt plus que ses yeux pour pleurer. Il se mettra en retrait de la vie politique en 2008.

Depuis et jusqu’à ce jour, de nombreux militants d’extrême droite ayant quitté le parti avec Bruno Mégret ont dû batailler et montrer patte blanche (si j’ose dire) pour réintégrer le Front National.

Hubert Fayard

Drôle de personnage que celui qui fut le premier adjoint de Catherine Mégret à la mairie de Vitrolles. Si Bruno Mégret était le patron à Vitrolles, c’est Hubert Fayard qui est sur place aux manettes et qui gère la municipalité au jour le jour. Venant comme Bruno Mégret du RPR, il se fait remarquer au Front National pour avoir réalisé de bons scores dans sa ville natale au Puy-en-Velay. Il est repéré par Bruno Mégret et le suit à Vitrolles, avant d’être comme lui exclu du Front National en 1998. Fidèle à Mégret il sera un cadre de l’éphémère MNR, avant que la défaite des Mégret aux municipales de 2002 ne les sépare. Son parcours après la mairie de Vitrolles m’a laissé, je dois l’avouer assez perplexe. En vrac, il participera à la création d’un lobby pro-chasse, se rapprochera finalement de candidats locaux de l’UMP, puis rejoindra le MPF – Mouvement pour la France – de Phillipe De Villiers. Soutenu par Renaud Muselier, il deviendra aussi conseiller municipal de la ville de Coudoux, après avoir arrêté la politique pendant 1 an suite à un accident de parapente. A cette période, en 2014-2015, il participe aux négociations entre l’UMP et le Front National pour faire des alliances et redeviendra copain avec Jean-Marie Le Pen. En 2017, il adhère au parti Debout La France de Nicolas Dupont-Aignan. Enfin, il est un fervent soutient des indépendantistes du Donbass en Ukraine et sera nommé consul de la république de Donetsk en France (quoique cela veuille bien dire). Cette dernière implication le mènera à une mise en examen pour proxénétisme en 2019…

On retrouve sa trace sur son blog où il aime se raconter et dans un profil Linkedin hallucinant où il manifeste sa recherche d’emploi. Ou plutôt une « reconversion professionnelle » y écrit-il. C’est amusant d’y voir comment les termes « Front National », « Vitrolles », « Mégret » et même « République de Donetsk » y sont très soigneusement évités.

Profil Linkedin d'Hubert Fayard
Capture d’écran du profil LinkedIn d’Hubert Fayard le 27/10/2020. Cet homme maîtrise la conception de plaquettes sous Xpress… 😂

Le concert de Rock Identitaire français

Les organisateurs et la municipalité de l’époque ayant organisé l’omerta autour du concert, il a été très difficile de trouver des sources et impossible de trouver des images. Un compte rendu du concert de rock identitaire français est trouvable dans le livre « Rock Haine Roll » et disponible à la lecture sur le site de REFLEXes.

Le témoignage le plus complet que j’ai pu trouver est celui de Zoe Lin, journaliste de l’Humanité qui – c’est le moins que l’on puisse dire – n’a pas vécu une bonne expérience. Ayant annoncé pour quel journal elle travaillait, elle n’aura tenu que 20 minutes.

L’histoire – courte – du Rock Identitaire Français n’aura fait que croiser celle du Stadium mais elle est intéressante et donne un éclairage sur les différents courants présents à l’extrême droite dans les années 90. Le livre Rock Haine Roll, disponible sur le site de REFLEXes relate de manière assez précise, avec pas mal de documentation cette histoire.

On y trouve aussi une liste assez exhaustive ainsi qu’un descriptif des acteurs du RIF. À ma connaissance, seul le groupe In Memoriam a perduré et est toujours actif.

D’après ce que j’ai pu glaner comme informations, les musiciens de groupes de RIF furent pour la plupart issus de mouvements identitaires, le GUD, le Bloc Identitaire, FNJ etc. Ceux dont j’ai pu retrouver la trace sont restés proches de mouvances, disons « très à droite ». Aude Bertrand, chanteuse d’Elendil et de Brixia, devenue Aude Mirkovic (après avoir épousé Nicolas Mirkovic, autre musicien de RIF, dans Basic Celtos entre autres) est devenue juriste spécialiste de bioéthique, proche de La Manif pour tous et très engagée contre la PMA et la GPA. Fabrice Lauffenburger, (Kaiserbund, Vae Victis) fut après son passage dans le Rock Identitaire Français aux responsabilité dans des mouvement identitaires alsaciens comme Jeune Alsace et Alsace d’abord. Philippe Vardon, un temps chanteur de Fraction Hexagone fondera Nissa Rebela, antenne niçoise du Bloc identitaire et deviendra un cadre du Front National puis du Rassemblement National et sera tête de liste RN à Nice aux élections municipales de 2008, 2014 et 2020. Le groupe Fraction Hexagone fera une petite percée médiatique dans les années 90 à la suite des déboires juridiques du groupe NTM et de leur chanson « Police ». Le groupe sera pointé du doigt par les défenseurs de NTM pour avoir chanté « Une balle pour la p….. » dans la chanson « Une balle ».

Vous trouverez facilement des morceaux voire des albums de Rock Identitaire Français sur youtube en passant par la barre de recherche.

Aujourd’hui il existe plusieurs groupes et musiciens dans la mouvance identitaire. Le seul se rattachant véritablement au RIF à ma connaissance est le groupe Francs Tireurs Patriotes, actif dans les années 2010 (dernier album en 2017). Je ne sais pas si le nom est un simple détournement du nom du mouvement de résistance intérieur communiste pendant la guerre ou si il a été choisi pour faire écho aux Francs-Tireurs Partisans, nom du mouvement utilisé par Yves Peirat pour revendiquer la dizaine d’attentats – dont l’attentat du Stadium – contre le Front National dont il a été l’auteur.

Abandon du Stadium

Depuis la fin de l’ère Mégret et comme je le raconte dans le film, le Stadium est à l’abandon et est régulièrement visité par des tagueurs, des pillards, des vandales mais aussi (et c’est probablement la majorité invisible) des curieux.

Je vous mets ici un petit aperçu des photos que je suis allé y faire en préparant le film :

Après l’abandon du Stadium par les Mégret, Guy Obino, pourfendeur de Catherine Mégret en 2002, ne souhaitera pas assumer la rénovation du Stadium et transfèrera la compétence à la Communauté du Pays d’Aix. Compte tenu de la jauge de 4500 places de la salle, ce choix n’était pas idiot, considérant que cet équipement était dimensionné pour la métropole d’Aix-Marseille plus que pour la seule ville de Vitrolles.

Guy Obino va ensuite transformer une salle à tout faire de Vitrolles en salle de spectacle moderne, proche du centre-ville avec une jauge raisonnable de 1500 places pour la ville de Vitrolles. Guy Obino décède en 2009, cette salle de spectacle porte aujourd’hui son nom.

En 2015, la mairie de Vitrolles a des contacts avec le Cirque du Soleil de Montréal qui cherche un lieu pour s’installer en France. La compétence du Stadium est donc retransférée à la ville de Vitrolles juste avant que la Communauté d’agglomération du Pays d’Aix ne devienne la Métropole d’Aix-Marseille Provence. Les émissaires du Cirque du Soleil, en découvrant l’état du lieu (personne n’a pensé à aller mettre un petit coup d’aspi) feront machine arrière.

Le Sous-Marin

A propos du Sous-Marin, j’ai peu de choses à ajouter en plus de ce qui est déjà dit dans le film. Les locaux appartiennent maintenant à un laboratoire d’analyses médicales et l’entrée historique sert aujourd’hui d’entrée pour le plateau technique du labo. Cette entrée jouxte le QG de campagne du maire socialiste de Vitrolles, Loïc Gachon et a retrouvé sa plaque indiquant « Le Sous-Marin ». Je serai assez curieux de savoir quand elle a réapparu.

Vitrolles, une ville étrange.

L’Hôtel de ville de Vitrolles

Le bâtiment de l’hôtel de ville de Vitrolles, typique de cette architecture qui paraissait moderne à la fin du XXème siècle, est assorti au quartier sur lequel il est sis. En plus d’être d’un goût non partagé par tous, les balcons en façade ont été recouverts de grillages ou plutôt de filets. Ils n’étaient pas présents en 1997, on le voit bien sur les images de célébration de Catherine Mégret. Je serai curieux de savoir si l’apparition de ces filets a un lien quelconque avec le passage du Front National à la mairie de Vitrolles.

Une ville étrange

Vitrolles est quand même une drôle de ville. Faite d’une zone industrielle immense, d’un centre commercial que tout le monde connaît pour être allé au moins une fois à Ikea ou à Toys « R » Us (Le nom a changé, mais tout le monde dit encore Toys « R » Us connu pour être l’un des plus grands paradis pour enfants dans la région), de nombreux quartiers résidentiels, de cette zone – vide – de l’Arbois (où se trouve le Stadium) et délimitée par le flanc par une falaise derrière laquelle se trouvent des collines très agréables et sur lesquelles on trouve un radar, que l’on appelle « boule de Vitrolles » utile au contrôle aérien de l’aéroport de Marignane. Quelque part au milieu de tout cela se trouve le Rocher, en haut duquel on trouve une chapelle et une tour médiévale, appelée « Tour Sarrazine » (Avec un nom pareil, c’est une chance que Bruno Mégret ne l’ait pas rasée.) Je vous encourage à monter en haut du Rocher un jour et à admirer la vue incroyable sur tout ce que je viens de décrire ainsi que sur l’aéroport de Marignane.

Le centre ville est organisé autour d’une place à l’architecture approximative et bon marché de la fin du XXème siècle, avec des commerces au rez-de-chaussée des bâtiments sous des arcades le tout dans une petite ambiance pragmatique façon « station de ski ».

On dit que Marseille est une ville sans banlieue car les quartiers périphériques sont intégrés à la ville. A mon avis – Jean-Jacques Anglade ne serait sûrement pas d’accord avec moi – Vitrolles constitue (avec Marignane) la vraie banlieue de Marseille. Vitrolles et Marignane sont peuplées de beaucoup de marseillais, comportent des cités et des quartiers résidentiels et constituent pour la première l’un des centres commerciaux des marseillais et pour l’autre l’aéroport de Marseille.

La renaissance du Stadium

Vous trouverez sur le site internet de l’association « La renaissance du Stadium » beaucoup d’informations et d’archives sur lesquelles je me suis basé pour faire le film. Ci-dessous mon entretien avec Enzo Rosada sur La Renaissance du Stadium.

Perspectives

En 2020, il semblerait qu’un début de réhabilitation soit envisagé. Les informations sont très peu claires, il s’agirait de remettre l’eau et l’électricité au Stadium pour accueillir des spectacles du Festival d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence. Or, l’excellente acoustique de la salle est faite pour accueillir de la musique amplifiée. La musique lyrique est plutôt adaptée a des salles qui ont de plus grandes réverbérations. D’autre part, les gradins ne seraient pas rénovés et la scène serait mise devant. La salle étant faite d’une tribune latérale, on peut se demander où peut bien se situer le public. Enfin, le budget alloué a cette réhabilitation, à savoir 1,2 millions d’euros est insuffisant pour une réhabilitation complète du bâtiment. Mais ne soyons pas chafouins, cela peut être un bon début. Personnellement, l’idée de pouvoir voir le Stadium éclairé en pleine nuit me réjouit fortement.

Juillet 2022 : un spectacle au Stadium

La rumeur était donc vraie. Le festival d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence a bien mis en scène un spectacle au Stadium. Romeo Castellucci, le metteur en scène, qui ne trouvait pas de lieu adapté est finalement tombé amoureux du Stadium après qu’on lui ait présenté en désespoir de cause. L’équipe du festival a commencé à travailler sur le projet en 2018 et l’a mené à bien avec la mairie de Vitrolles. À noter que le Festival d’Aix a un contrat d’exploitation avec la ville de Vitrolles jusqu’en 2024, ce qui veut dire que nous devrions pouvoir y voir encore quelques spectacles. Le chantier d’une réhabilitation totale (trop onéreux) n’étant pas envisageable, la réhabilitation n’est que partielle, avec des poteaux électriques ajoutés à l’extérieur et des toilettes de chantier au bord du bâtiment. Le parking a été remis en service et des nouvelles barrières remises sur les gradins et sur les escaliers de secours à l’extérieur. Je vous laisse découvrir tout cela dans la galerie de photos ci-dessous.

Quelques semaines avant le spectacle, Philippe Delcroix, le directeur technique du festival m’a appelé en me disant qu’il avait vu le film et qu’il l’avait envoyé aux équipes qui travaillent sur le projet pour connaître l’histoire du lieu. Conscient qu’une réouverture implique que des personnes aient déjà investi les lieux, il a invité une partie des gens qui étaient là lors de la première vie du Stadium dont Olivier Dudieuzère et Éric Quintin, présents dans le film. J’étais convié aussi mais je n’ai hélas pas pu y aller étant en déplacement à l’étranger. En revanche, j’ai pu assister au spectacle quelques jours plus tard, le 7 juillet très exactement. J’étais en déplacement aussi d’ailleurs et j’ai dû faire 5 heures de route pour y assister.

Il s’agit d’un concert de musique classique, dont le titre est très à-propos : Résurrection. L’auteur est Gustav Mahler et c’est joué par l’orchestre de Paris. Je ne vais pas me livrer à une critique, j’ai globalement bien aimé mais disons que si la mise en scène est forte, elle est un peu répétitive et rend ce spectacle (pourtant assez court) un peu long. J’ai bien conscience qu’il s’agit d’un choix de mise en scène mais il ne suffit pas de le dire pour faire disparaître l’ennui.

J’étais très ému en retrouvant le Stadium, en proie à des sentiments contradictoires. J’étais heureux qu’il se réveille et une partie de moi était triste, comme s’il m’appartenait un peu moins maintenant. Laissé à l’abandon, il se donnait à qui voulait bien l’aimer. Aujourd’hui il est accessible à une élite capable d’apprécier ce genre de spectacle et d’en payer l’accès. Il était un objet d’architecture radical pour des spectacles populaires, il est maintenant un objet populaire dans lequel se déroulent des spectacles élitistes. Mais il est en vie. Et son histoire n’est certainement pas finie.

En discutant avec Philippe Delcroix avant le début du spectacle, j’ai senti qu’il était lui aussi (comme moi et quelques autres) hanté par ce lieu. Après m’avoir dit s’être repassé plusieurs fois certains passage du film pour s’imprégner de l’histoire du lieu, Il m’a confié :  » C’est un peu superstitieux mais j’ai un sentiment étrange sur le déroulement de cette semaine. Comme si dans ce lieu, les choses ne pouvaient pas se passer… normalement ».

Auteur de l'article :
Mathias Pujade
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